Le jour où j’ai reconnu les mains du Père Noël

Publié le 23 août 2026 à 21:21

Quand j'étais petit, mon papa incarnait parfois le Père Noël.

Un jour, il devait faire sa tournée dans l'immeuble où nous habitions. À cette époque, nous étions mes parents, ma petite sœur et moi. Mes deux autres sœurs arriveraient plus tard.

Il faut dire que nous étions à une époque où il n'y avait même pas encore d'interphone dans l'immeuble. Le téléphone arriverait un peu plus tard aussi… oui, ça ne nous rajeunit pas !

Quelqu'un sonne à la porte. Nous ouvrons.

Et là… le Père Noël.

Il avait presque pensé à tout

Sa visite était organisée par le centre social du quartier. Il passait distribuer quelques friandises aux enfants de l'immeuble.

Mon père avait soigneusement caché son visage derrière une grosse fausse barbe blanche. Ce qui était assez amusant, puisqu'en réalité il portait déjà une très grande barbe… mais parfaitement noire.

Le déguisement était donc plutôt réussi.

Presque.

Parce qu'il avait oublié de cacher ses mains.

Les mains de mon père

Je ne sais pas comment l'expliquer, mais les mains de mon père, je les aurais reconnues parmi des centaines.

En les regardant, j'ai compris immédiatement.

« C'est papa.
Alors le Père Noël n'existe pas vraiment. »
Ludovic avec son papa, à l'origine d'un souvenir d'enfance autour du Père Noël
Avec mon papa. Des années plus tard, je reconnaîtrais encore ses mains parmi des centaines.

Puis j'ai regardé ma petite sœur.

Elle ne regardait pas ses mains. Elle regardait le Père Noël. Et elle avait l'air tellement heureuse.

Alors je n'ai rien dit.

Je venais de comprendre le secret, mais je n'avais aucune envie de lui enlever ce moment.

Je ne le savais pas encore, mais cette petite décision d'enfant allait rester longtemps dans ma tête.

Faut-il absolument révéler le secret ?

Aujourd'hui encore, je suis parfois étonné de voir à quel point nous, les adultes, voulons décider du moment précis où un enfant doit croire ou ne plus croire au Père Noël.

Certains essaient de prolonger l'histoire coûte que coûte. D'autres annoncent très tôt : « Le Père Noël ? Ça n'existe pas ! »

Et je l'avoue… ça peut me rendre un peu ronchon.

Je préfère une autre idée : laisser l'enfant avancer à son rythme.

S'il y croit encore, pourquoi se dépêcher ? S'il commence à poser de vraies questions, on peut lui répondre avec douceur. Et s'il a compris, il peut à son tour apprendre à préserver le secret pour ceux qui y croient encore.

Découvrir le secret ne signifie pas forcément perdre la magie. Cela peut simplement vouloir dire qu'on passe de l'autre côté.

La magie change simplement de forme

Un jour, l'enfant comprend que ce sont ses parents, ses grands-parents ou ses proches qui ont cherché les cadeaux, les ont cachés, emballés puis déposés au pied du sapin.

Et finalement, je trouve qu'il y a quelque chose de très beau là-dedans : pendant quelques années, des adultes font plaisir à un enfant tout en laissant un monsieur à barbe blanche récupérer tous les remerciements.

Je ne prétends évidemment pas que c'est l'origine historique du Père Noël. C'est simplement l'une des significations que j'aime lui donner aujourd'hui.

Offrir quelque chose sans avoir besoin d'en recevoir immédiatement le mérite.

Des années plus tard, c'est moi qui suis devenu le Père Noël

Bien longtemps après l'histoire des mains de mon père, on m'a demandé d'incarner à mon tour le Père Noël dans une école, après un spectacle.

Cette fois, je connaissais le piège.

Les mains !

J'avais donc tout prévu : les mains, le visage, les lunettes… j'avais même changé de lunettes pour éviter d'être reconnu.

Sirouy et le Père Noël, autour de l'imaginaire et de la magie de Noël pour les enfants
Des années plus tard, le Père Noël faisait toujours partie de mon histoire auprès des enfants.

Nous étions juste après la période des fortes restrictions liées au Covid et certaines précautions étaient encore en place. Les classes venaient donc les unes après les autres saluer le Père Noël et prendre une photo.

« Moi, le Père Noël, je n'y crois pas ! »

Puis une classe de CM2 est arrivée.

Parmi les élèves, une jeune fille, visiblement l'une des meneuses de la classe, riait beaucoup et faisait comprendre à tout le monde :

« Moi, le Père Noël, je n'y crois pas du tout ! »

On prend la photo. La classe repart.

Mais elle reste quelques secondes.

Elle se retourne vers moi et me demande :

« Vous savez ce que j'aimerais, moi, avoir pour Noël ? »

Je lui réponds que non.

Et elle me dit :

« J'aimerais que ma grand-mère retrouve la santé et que je puisse la garder près de moi. »

Cette phrase, je ne l'ai jamais oubliée

Quelques secondes auparavant, elle riait du Père Noël. Elle savait probablement très bien qu'il y avait un adulte sous le costume.

Et pourtant, une fois ses camarades partis, elle avait choisi de confier à ce personnage quelque chose de profondément important pour elle.

Bien sûr, aucun Père Noël ne pouvait lui promettre que sa grand-mère retrouverait la santé.

Mais il pouvait l'écouter.

Et ce jour-là, j'ai compris que le Père Noël pouvait aussi être cela : quelqu'un à qui un enfant ose confier un souhait.

Deux souvenirs, un même secret

Quand j'étais petit, j'ai découvert le secret grâce aux mains de mon père.

Mais en regardant ma petite sœur, j'ai choisi de le garder pour moi.

Des années plus tard, une jeune fille qui ne croyait probablement plus au Père Noël lui confiait pourtant l'un de ses souhaits les plus intimes.

Ces deux souvenirs m'ont appris quelque chose : l'imaginaire des enfants n'est pas forcément une chose que les adultes doivent s'empresser de corriger.

Parfois, il suffit simplement de l'accompagner.

Alors… le Père Noël existe-t-il ?

Le monsieur qui traverse réellement le ciel avec son traîneau et ses rennes ?

Je vais laisser chaque famille répondre à cette question.

Mais celui qui représente le plaisir de faire une surprise, celui à qui l'on confie un souhait, celui dont on protège le secret pour une petite sœur, et celui que l'on devient un jour soi-même pour faire vivre un peu de magie aux autres…

Celui-là, je crois qu'il existe vraiment.

Et les mains de mon père ?

Des années ont passé.

Mais je crois que si l'on plaçait aujourd'hui devant moi plusieurs centaines de paires de mains, je reconnaîtrais encore celles de mon père.

Ce jour-là, elles ont probablement mis fin à ma croyance au Père Noël.

Mais curieusement, elles ne m'ont jamais enlevé sa magie.

Elles m'en ont peut-être simplement fait découvrir une autre.

Signature manuscrite : Sirouy, enfin chut ! Ludo

Et vous, quelle est votre histoire avec le Père Noël ?

Le jour où vous avez compris le secret, une anecdote de votre enfance, un souvenir avec vos enfants ou petits-enfants, un cadeau ou une phrase que vous n'avez jamais oubliée…

J'ai créé une page spécialement pour recueillir vos histoires. Avec votre accord, certaines pourront rejoindre petit à petit notre collection de souvenirs.